Ralentissement des ventes de véhicules électriques : les raffineurs révisent à la hausse leurs perspectives essence pour 2026
Face au tassement des immatriculations de véhicules électriques en Europe et en Amérique du Nord, les raffineurs ajustent leurs projections : la demande mondiale d'essence reculera moins vite que prévu en 2026.
Les chiffres publiés par l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) confirment un net ralentissement : les immatriculations de véhicules 100 % électriques en Europe n'ont progressé que de 4,7 % sur un an, contre une croissance moyenne annuelle de 32 % entre 2020 et 2023. Cette inflexion conduit les raffineurs mondiaux à réviser à la hausse leurs perspectives de demande d'essence pour 2026, avec des conséquences directes sur les marges et les investissements aval.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE), basée à Paris, a relevé ses projections de consommation mondiale d'essence à 27,8 millions de barils par jour pour 2026, soit 380 000 barils de plus qu'anticipé six mois plus tôt. Le pic de demande d'essence, longtemps annoncé pour 2025, semble désormais repoussé à 2028 voire 2030 dans certains scénarios. Cette révision tient également au succès commercial des véhicules hybrides rechargeables et hybrides simples, qui restent dépendants des carburants liquides.
En France, le marché reflète parfaitement cette tendance. Les ventes de véhicules thermiques et hybrides ont représenté 78 % des immatriculations neuves au premier trimestre, selon la Plateforme automobile (PFA). Le bonus écologique, réduit à 4 000 euros pour les ménages les plus modestes contre 7 000 euros en 2023, freine la conversion électrique. Le parc roulant français reste dominé à 88 % par des motorisations thermiques, ce qui sécurise la demande pour les raffineries hexagonales à moyen terme.
TotalEnergies adapte sa stratégie. Le groupe avait annoncé en 2023 la fermeture progressive de plusieurs unités à Donges et la conversion partielle du site de Grandpuits vers les biocarburants. Ces projets sont maintenus, mais le calendrier de réduction des capacités fossiles est ralenti. Le directeur général Patrick Pouyanné a indiqué lors de la dernière journée investisseurs que les raffineries européennes du groupe resteraient profitables au-delà de 2030, avec des marges brutes de raffinage attendues à 8 dollars par baril en moyenne.
Du côté de la pétrochimie, les répercussions sont positives pour les sites intégrés. Le complexe de Carling-Saint-Avold, géré par TotalEnergies dans le cadre de sa joint-venture avec Borealis, valorise désormais une partie accrue du naphta vers la production de polymères destinés à l'industrie automobile européenne. Les volumes de pétrole brut traités en France sont restés stables à 1,2 million de barils par jour en 2025, contre 1,15 million projeté en 2023.
Le débat reste vif sur la trajectoire décarbonée. EDF rappelle que la décarbonation du transport repose à terme sur l'électrification massive, soutenue par le mix nucléaire et renouvelable français. Le gouvernement, via la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) en cours de révision, maintient l'objectif de 5 millions de véhicules électriques en circulation en 2030. L'industrie pétrolière souligne cependant que la transition sera plus progressive qu'envisagée, justifiant le maintien d'investissements ciblés dans la modernisation des raffineries existantes plutôt que dans leur démantèlement précipité.