GNL : les États-Unis dépasseront le Qatar en 2026 grâce à la mise en service complète de Plaquemines

Avec l'entrée en production de Plaquemines LNG, les États-Unis deviennent premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, redessinant durablement les flux énergétiques transatlantiques.

La hiérarchie mondiale du gaz naturel liquéfié bascule. Avec la montée en puissance du terminal Plaquemines LNG opéré par Venture Global, situé en Louisiane, les États-Unis atteindront une capacité d'exportation de 124 millions de tonnes par an d'ici fin 2026, dépassant le Qatar qui plafonne à 110 millions de tonnes. Cette bascule historique consacre l'émergence du gaz américain comme pivot des marchés énergétiques mondiaux.

Le terminal Plaquemines, dont l'investissement total atteint 21 milliards de dollars, dispose d'une capacité installée de 27,2 millions de tonnes par an réparties sur 36 modules de liquéfaction. La première cargaison commerciale a quitté le terminal en décembre dernier à destination du port allemand de Brunsbüttel. Le Qatar Energy ne reprendra l'avantage qu'à l'horizon 2027-2028 avec l'expansion du champ géant North Field, qui doit porter sa capacité à 142 millions de tonnes par an.

Pour l'Europe, et singulièrement la France, cette évolution structurelle conforte la sécurité d'approvisionnement post-crise ukrainienne. Le terminal méthanier flottant de Cap Ankor au Havre, exploité par TotalEnergies, ainsi que les sites historiques de Montoir-de-Bretagne, Fos-Cavaou et Dunkerque, ont importé 22,6 millions de tonnes de GNL en 2025, dont 47 % en provenance des États-Unis. Cette part pourrait grimper à 58 % en 2026 selon les prévisions du Gestionnaire de Réseau de Transport de Gaz (GRTgaz).

TotalEnergies, troisième acteur mondial du GNL avec un portefeuille de 50 millions de tonnes par an, joue un rôle pivot dans ce basculement. Le groupe a sécurisé 2,7 millions de tonnes par an auprès du terminal Rio Grande LNG au Texas via un contrat d'enlèvement signé en 2023, ainsi que des volumes supplémentaires auprès de Plaquemines. La PDG par intérim Helle Kristoffersen, qui supervise la branche stratégie et durabilité, a confirmé que le GNL américain représenterait 35 % du portefeuille du groupe en 2027.

La question des prix demeure centrale. Le TTF néerlandais, référence européenne, oscille autour de 32 euros le mégawattheure depuis le début de l'année, soit nettement au-dessus du Henry Hub américain à 3,20 dollars le million de BTU. Ce différentiel, équivalent à environ 22 euros le mégawattheure une fois ajoutés les coûts de liquéfaction et de transport, garantit la rentabilité des projets américains. EDF, qui dispose d'un contrat de 2 millions de tonnes par an avec Cheniere, valorise désormais cette position dans son bilan énergétique.

L'enjeu géopolitique reste sous-jacent. La Commission européenne a confirmé son objectif d'élimination totale des importations de GNL russe d'ici fin 2027, conformément au plan REPowerEU révisé. Les flux américains supplémentaires couvriront ce besoin, estimé à 15 milliards de mètres cubes annuels. Reste à surveiller l'évolution réglementaire à Washington : le moratoire suspendu sur les nouveaux permis d'export reste un point d'attention pour les acheteurs européens, qui exigent désormais des contrats de long terme assortis de clauses de sécurité accrues.

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