Sanctions sur le pétrole russe : la décote de l'Urals se réduit, les acheteurs asiatiques consolident leurs positions
La décote du brut russe Urals face au Brent se resserre à 12 dollars le baril, tandis que la Chine et l'Inde absorbent 88 % des exportations maritimes russes, redessinant la géographie du marché pétrolier.
Le marché du pétrole russe se reconfigure progressivement, trois ans après l'instauration du plafond de prix à 60 dollars le baril par les pays du G7 et l'Union européenne. La décote du brut Urals face au Brent s'est réduite à environ 12 dollars le baril, contre un pic de 35 dollars observé fin 2022. Cette normalisation reflète la consolidation des circuits parallèles d'exportation et l'adaptation logistique des acteurs concernés.
La Chine et l'Inde absorbent désormais 88 % des exportations maritimes russes de brut, contre seulement 12 % avant 2022. Les raffineurs indiens, en particulier Reliance Industries et Indian Oil Corporation, importent quotidiennement 1,8 million de barils de brut russe transporté par la flotte fantôme, composée d'environ 600 pétroliers vieillissants opérant souvent sous pavillons de complaisance. Cette flotte parallèle représente un défi croissant pour les autorités maritimes occidentales, notamment en matière de sécurité environnementale dans la Manche et la mer Baltique.
L'Union européenne, dans son quatorzième paquet de sanctions adopté en 2024, a interdit le transbordement de brut russe dans les ports européens et durci les contrôles sur les transactions impliquant la compagnie publique russe Sovcomflot. Bruxelles travaille actuellement sur un quinzième paquet visant à réduire le plafond de prix à 50 dollars le baril, une mesure soutenue par la France et l'Allemagne mais contestée par certains États membres dépendants d'approvisionnements indirects via la Turquie ou l'Asie centrale.
Pour TotalEnergies, qui a définitivement cessé tout achat de brut russe en janvier 2023 conformément à ses engagements publics, l'enjeu se déplace désormais sur le terrain des produits raffinés. Le groupe veille à ce que les diesels et gazoles importés en Europe ne proviennent pas indirectement de raffineries asiatiques traitant des bruts russes. Cette traçabilité reste techniquement complexe : selon une étude de l'ONG Global Witness, près de 5,4 millions de tonnes de produits raffinés issus de pétrole russe ont été importés en Europe en 2024 via des intermédiaires indiens et turcs.
Les recettes pétrolières russes restent néanmoins significatives. Selon le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA) basé à Helsinki, la Russie a généré environ 178 milliards d'euros de revenus issus des exportations d'hydrocarbures en 2024, dont près de 65 % proviennent du pétrole et des produits raffinés. Ces recettes alimentent le budget militaire russe estimé à 7,1 % du PIB, niveau record depuis la chute de l'Union soviétique. L'efficacité réelle des sanctions occidentales fait ainsi débat dans les capitales européennes.
Le marché français reste structurellement à l'écart de ces flux. Le Comité professionnel du pétrole confirme que les importations directes de brut russe sont nulles depuis février 2023, remplacées par des volumes accrus en provenance de Norvège (32 %), du Kazakhstan via le terminal CPC (14 %), des États-Unis (18 %) et de l'Arabie saoudite (15 %). EDF, qui dispose toujours d'un contrat d'approvisionnement en uranium auprès de Rosatom, examine actuellement les alternatives canadiennes et kazakhes pour sécuriser ses besoins en combustible nucléaire au-delà de 2027.