Sanctions contre le pétrole russe : l'escompte Urals se resserre et les acheteurs asiatiques se consolident

L'escompte du brut russe Urals se resserre tandis que les acheteurs asiatiques consolident leurs achats, modifiant l'équilibre concurrentiel pour le brut canadien.

Le brut russe Urals voit son escompte par rapport au Brent se resserrer de manière notable, passant d'une moyenne de 18 $ US le baril en début d'année à environ 9,80 $ US le baril aujourd'hui, selon Argus Media. Cette évolution s'explique par la consolidation des acheteurs asiatiques, principalement chinois et indiens, qui négocient désormais collectivement leurs approvisionnements en s'appuyant sur des contrats à long terme libellés en yuans et en roupies.

Indian Oil Corporation et Reliance Industries ont signé des accords-cadres totalisant 1,1 million de barils par jour avec Rosneft et Lukoil pour la période 2026-2028. Ces contrats prévoient des paiements via un mécanisme bilatéral contournant le système SWIFT, en partie via la Banque industrielle et commerciale de Chine (ICBC). De son côté, Sinopec absorbe maintenant environ 880 000 b/j de brut ESPO, un brut russe expédié depuis Kozmino sur la côte pacifique.

Pour le Canada, ce resserrement de l'escompte russe modifie l'équilibre concurrentiel sur les marchés asiatiques. Le brut canadien Cold Lake, livré à Vancouver via le pipeline TMX, se négocie actuellement avec un escompte de 7,40 $ US par rapport au Brent dans les ports chinois. L'avantage compétitif sur le brut russe ESPO s'est donc réduit à environ 2,40 $ US le baril, contre 6,80 $ US il y a un an.

Suncor et Cenovus ont réagi en optimisant leurs coûts logistiques. Suncor a négocié une réduction de ses tarifs de pipeline avec Trans Mountain Corporation, et Cenovus a signé un accord d'approvisionnement avec une coentreprise japono-coréenne incluant ENEOS et SK Innovation, pour des livraisons mensuelles de 65 000 b/j à compter de juillet. La PDG de Cenovus, Jon McKenzie, a indiqué que la diversification des marchés asiatiques demeurait une priorité stratégique malgré la concurrence russe.

Le gouvernement canadien, en coordination avec les pays du G7, a maintenu le plafond de prix de 60 $ US le baril sur les exportations russes transportées par des navires assurés par des sociétés occidentales. Toutefois, l'efficacité de ce plafond est largement remise en cause, alors que la « flotte fantôme » russe, estimée à plus de 600 pétroliers anciens et opaques, contourne le mécanisme. Ottawa étudie actuellement de nouvelles sanctions secondaires visant les armateurs grecs et émiratis facilitant ce contournement.

Au Québec, l'importation de brut russe est interdite depuis mars 2022. La raffinerie de Suncor à Montréal-Est et celle de Valero à Lévis ont entièrement remplacé leur approvisionnement russe par du brut nord-américain et nord-africain. Cependant, certaines importations de produits raffinés russes ont été détectées via des pays tiers comme la Turquie, soulevant des questions sur l'efficacité du régime de traçabilité. Le ministre canadien des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a annoncé en mai un nouveau mécanisme de certification d'origine renforcée pour les produits pétroliers raffinés, en collaboration avec l'Agence des services frontaliers du Canada.

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