La demande de véhicules électriques ralentit; les raffineurs révisent à la hausse leurs perspectives d'essence pour 2026

La croissance de la demande de véhicules électriques ralentit, poussant les raffineurs à revoir à la hausse leurs prévisions d'essence pour 2026, une bouffée d'air pour Suncor et Valero.

Le ralentissement de la croissance des ventes de véhicules électriques (VE) en Amérique du Nord et en Europe oblige les raffineurs à revoir à la hausse leurs perspectives de demande pour l'essence en 2026. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a abaissé ses prévisions de pénétration des VE pour 2026 de 32 % à 27 % des ventes mondiales de véhicules neufs, ce qui se traduit par une demande mondiale d'essence supérieure de 480 000 b/j à ses précédentes projections.

Au Canada, les ventes de VE ont représenté 13,2 % des immatriculations de véhicules neufs au premier trimestre, en baisse par rapport au sommet de 18,8 % atteint en 2024 selon Statistique Canada. Le retrait du programme fédéral de remise iZEV en début d'année et l'allongement des délais d'installation de bornes de recharge expliquent en partie ce ralentissement. Au Québec, la part de marché des VE demeure toutefois la plus élevée du pays à 23,5 %, soutenue par le programme Roulez vert.

Suncor Énergie, qui exploite la raffinerie de Montréal-Est d'une capacité de 137 000 b/j ainsi que celle d'Edmonton à 146 000 b/j, a annoncé que ses marges de raffinage se sont établies à 28,40 $ CA le baril au dernier trimestre, en hausse de 18 % sur un an. La PDG Rich Kruger a indiqué que la société comptait maintenir ses investissements dans le réseau Petro-Canada, avec 12 nouvelles stations-service prévues au Québec et en Ontario en 2026.

Valero, dont la raffinerie Jean-Gaulin à Lévis traite 235 000 b/j, profite également de la révision haussière. La société texane a annoncé un programme d'optimisation de 320 M$ CA visant à augmenter de 4 % le rendement en essence de la raffinerie québécoise. Les exportations vers les marchés du nord-est américain, particulièrement vers New York et le Massachusetts, ont crû de 12 % au premier semestre.

Cenovus Energy bénéficie indirectement de cette tendance grâce à ses raffineries américaines, dont celle de Toledo (Ohio) et celle de Wood River (Illinois), codétenue avec Phillips 66. La société calgaroise a relevé ses prévisions de flux de trésorerie disponibles de 5,2 G$ CA à 5,8 G$ CA pour 2026.

Les analystes de la Banque CIBC notent que ce sursis pour les raffineurs ne change pas la trajectoire de long terme. Le pic mondial de demande d'essence demeure attendu vers 2028-2030, mais le glissement de quelques années offre une fenêtre stratégique aux opérateurs canadiens pour amortir leurs actifs et investir dans des carburants renouvelables. Suncor a d'ailleurs réaffirmé son intention de coinvestir 1,4 G$ CA avec FCC dans une unité de carburant aviation durable (SAF) à Montréal-Est. À Québec, le ministre de l'Environnement Benoit Charette a confirmé que l'échéancier d'interdiction des véhicules à essence neufs en 2035 demeure inchangé, malgré la pression de certains constructeurs automobiles.

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