Expansion du raffinage en Amérique latine : Dos Bocas au Mexique et nouveaux projets cubains
Le Mexique inaugure Dos Bocas et Cuba lance la modernisation de Cienfuegos, redessinant le paysage du raffinage caribéen, avec des implications pour les flux pétroliers atlantiques.
L'Amérique latine connaît une vague d'expansion de ses capacités de raffinage, portée par des projets emblématiques au Mexique et à Cuba. La raffinerie de Dos Bocas, dans l'État de Tabasco, atteint enfin sa capacité nominale de 340 000 barils par jour après six ans de retards et un dépassement budgétaire considérable. L'investissement total dépasse les 17,6 milliards de dollars, contre 8 milliards initialement prévus par Petróleos Mexicanos (Pemex).
Le projet, voulu par l'ex-président Andrés Manuel López Obrador et confirmé par sa successeure Claudia Sheinbaum, vise à réduire la dépendance du Mexique aux importations d'essence et de diesel américains, qui représentaient encore 65 % de la consommation nationale en 2023. Dos Bocas est désormais capable de traiter le brut lourd Maya, principal grade produit par les champs offshore de la Sonde de Campeche. Le rendement en distillats moyens atteint 62 %, un niveau compétitif pour l'export vers les marchés caribéens et européens.
À Cuba, le contexte est très différent. La raffinerie de Cienfuegos, exploitée conjointement avec PDVSA jusqu'à la quasi-faillite de l'opérateur vénézuélien, fait l'objet d'un programme de modernisation à 800 millions de dollars financé par des capitaux russes et chinois. La capacité nominale est portée de 65 000 à 150 000 barils par jour. Les autorités cubaines espèrent ainsi sécuriser leurs approvisionnements internes et générer des devises via l'exportation de fioul lourd vers les Caraïbes anglophones.
Pour TotalEnergies, ces évolutions présentent un intérêt commercial limité mais réel. Le groupe français maintient une présence dans le négoce de produits raffinés depuis ses bureaux de Genève et de Houston. Les bruts mexicains Maya et Olmeca trouvent régulièrement preneurs auprès des raffineries européennes équipées pour traiter les bruts lourds, notamment la raffinerie de Rotterdam exploitée par BP et le site espagnol de Cepsa à Huelva. La France importe ponctuellement des volumes mexicains, mais reste majoritairement orientée vers les bruts d'Afrique de l'Ouest, du Moyen-Orient et de la mer du Nord.
L'enjeu énergétique est également environnemental. Dos Bocas a fait l'objet de critiques de la part d'ONG comme Greenpeace Mexique, qui pointent une intensité carbone élevée et des impacts notables sur la mangrove locale. La nouvelle administration mexicaine a annoncé un plan d'investissement parallèle de 13,6 milliards de dollars dans les énergies renouvelables d'ici 2030, financé en partie par les revenus de Pemex. La Commission fédérale de l'électricité (CFE) prévoit également de tripler la capacité solaire installée dans le pays, qui culmine aujourd'hui à 8,4 gigawatts.
Du point de vue européen, ces projets latino-américains s'inscrivent dans une dynamique de redistribution mondiale du raffinage. Tandis que l'Europe occidentale a fermé 1,8 million de barils par jour de capacité depuis 2010, l'Amérique latine, le Moyen-Orient et l'Asie ajoutent collectivement plus de 4 millions de barils par jour. La France, dont la capacité résiduelle s'établit à 1,28 million de barils par jour répartis sur six raffineries actives, dépend désormais davantage de ses partenaires extra-européens pour les produits intermédiaires, accentuant son exposition aux aléas géopolitiques.