Expansion du raffinage en Amérique latine : Dos Bocas au Mexique et projets cubains avancent

Le Mexique et Cuba consolident leur capacité de raffinage avec Dos Bocas et de nouveaux projets, modifiant les flux d'exportations canadiennes vers le Golfe du Mexique.

Le Mexique et Cuba accélèrent l'expansion de leur capacité de raffinage, transformant la carte des flux de produits pétroliers dans le bassin des Caraïbes. La raffinerie Olmeca de Dos Bocas, dans l'État mexicain de Tabasco, a atteint en mai un taux d'exploitation moyen de 78 % de sa capacité nominale de 340 000 barils par jour (b/j), après plusieurs mois de tests opérationnels. Le coût final du projet, initialement estimé à 8 G$ US, a atteint 16,8 G$ US selon le rapport annuel de Pemex.

Cuba, de son côté, a annoncé la relance de la raffinerie Camilo Cienfuegos en coentreprise avec la société vénézuélienne PDVSA et une participation chinoise minoritaire, dans le but de porter sa capacité de 65 000 b/j actuellement à 150 000 b/j d'ici 2028. Un investissement de 2,1 G$ US est prévu, financé en grande partie par des prêts du gouvernement chinois liés à des accords pétroliers à long terme.

Pour le Canada, ces évolutions modifient les flux d'exportation de brut lourd. Historiquement, Pemex importait jusqu'à 110 000 b/j de brut Maya, semblable au Western Canadian Select (WCS), et la mise en service de Dos Bocas réduit la disponibilité mexicaine pour l'exportation. Cela favorise indirectement les producteurs canadiens, qui peuvent répondre à la demande accrue des raffineries du Golfe du Mexique américain.

Suncor Énergie, Cenovus et MEG Energy ont accru leurs livraisons vers le Texas et la Louisiane via le pipeline Keystone, dont la capacité actuelle est de 622 000 b/j. Le projet Trans Mountain élargi, opérationnel depuis 2024, offre une option supplémentaire pour rejoindre les acheteurs californiens et asiatiques. Les analystes de RBC Marchés des capitaux estiment que la prime du WCS sur le Maya pourrait passer de l'écart actuel de 2,80 $ US à un avantage de 4,50 $ US le baril en faveur du brut canadien d'ici 2027.

Au Québec, l'impact est plus modeste mais réel. La raffinerie Jean-Gaulin de Valero à Lévis pourrait voir certains contrats de produits raffinés avec Cuba être renégociés, alors que la diplomatie canadienne maintient des relations commerciales avec La Havane malgré les sanctions américaines. La société québécoise Innergex Énergie renouvelable, active dans la production hydroélectrique au Mexique, n'est pas directement affectée mais surveille les implications réglementaires.

Sur le plan géopolitique, l'expansion mexicaine et cubaine s'inscrit dans une stratégie de souveraineté énergétique régionale. Le président mexicain a réitéré son objectif d'autosuffisance en carburants d'ici 2027, ce qui éliminerait presque entièrement les importations d'essence américaine, actuellement de 580 000 b/j. Cette stratégie pèse sur les raffineurs texans, qui devront trouver de nouveaux marchés pour leur essence et leur diesel, possiblement en Amérique centrale et au Brésil, où la demande continue de croître à un rythme annuel de 2,8 %.

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