Petrobras franchit le cap des 2,5 millions de barils par jour dans les champs sous-salifères

La société brésilienne Petrobras dépasse les 2,5 Mb/j en mer profonde, un succès technologique qui interpelle les sociétés canadiennes actives dans l'offshore atlantique.

La société d'État brésilienne Petrobras a annoncé un nouveau jalon : ses champs sous-salifères (« pré-sel ») au large de l'État de Rio de Janeiro ont franchi le cap des 2,5 millions de barils par jour (Mb/j), soit environ 78 % de la production totale du pays. Le champ Búzios, exploité dans le bassin de Santos, a contribué à lui seul à plus de 900 000 b/j en avril, devenant ainsi le plus prolifique gisement offshore au monde.

Cet exploit technologique repose sur des navires-usines (FPSO) de nouvelle génération, dont l'Almirante Tamandaré, capable de traiter 225 000 b/j à 2 200 mètres de profondeur d'eau. L'investissement total dans le pré-sel atteindra 111 G$ US sur la période 2025-2029 selon le plan stratégique de Petrobras, qui prévoit une production nationale globale de 3,2 Mb/j d'ici 2029.

Pour le Canada, et plus précisément pour la province de Terre-Neuve-et-Labrador, le succès brésilien constitue à la fois un modèle et un avertissement. Le projet Bay du Nord, piloté par Equinor dans le bassin Flemish Pass, a été mis sur la glace en 2023 pour des raisons économiques. Suncor, partenaire à 30 % du champ Hibernia et à 27,5 % du champ Terra Nova, examine sa stratégie de portefeuille atlantique, avec une décision attendue avant la fin de l'année fiscale 2026. La production canadienne offshore stagne à environ 235 000 b/j, loin des sommets de 410 000 b/j atteints en 2007.

Au Québec, le débat sur l'exploitation des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent demeure clos depuis le moratoire de 2022. La Loi mettant fin à la recherche d'hydrocarbures interdit toute nouvelle exploration. Cependant, des acteurs québécois comme SNC-Lavalin (devenu AtkinsRéalis) participent à l'ingénierie offshore brésilienne, signant en mars un contrat de 480 M$ CA pour des services d'ingénierie sur le futur FPSO P-84.

L'impact géopolitique est notable. Avec sa production en croissance, le Brésil est devenu en 2025 le quatrième producteur mondial, dépassant le Canada (5,1 Mb/j) en termes de production conventionnelle hors sables bitumineux. L'adhésion partielle du Brésil à l'OPEP+ en tant que pays observateur sans engagement de quota brouille les pistes pour les analystes énergétiques. Le directeur général de Petrobras, Magda Chambriard, a réaffirmé que le pays n'accepterait aucune réduction obligatoire de production.

Sur le plan environnemental, Petrobras s'est engagée à réduire de 30 % ses émissions absolues de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 2015. La société brésilienne investira 5,2 G$ US dans des projets bas-carbone, dont des biocarburants et des éoliennes en mer. Cette stratégie, comparable à celle de la Pathways Alliance albertaine (16,5 G$ CA pour le captage de carbone), illustre la pression croissante exercée sur tous les producteurs traditionnels pour conserver leur licence sociale d'exploitation.

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