Le mégaprojet d'hydrogène vert NEOM entre en phase de production commerciale en Arabie saoudite

Le complexe NEOM Helios démarre sa production commerciale d'hydrogène vert, un signal fort pour les filières hydrogène en développement au Québec et en Alberta.

Le complexe NEOM Helios, situé à Oxagon dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite, est officiellement entré en phase de production commerciale d'hydrogène vert. Le projet, fruit d'une coentreprise entre ACWA Power, Air Products et NEOM Company, représente un investissement de 8,4 G$ US et vise une production de 600 tonnes par jour d'hydrogène, converti sur place en 1,2 million de tonnes annuelles d'ammoniac vert destinées principalement aux marchés européen et asiatique.

Le complexe est alimenté par 4 GW de puissance renouvelable, dont 2,2 GW de panneaux solaires et 1,8 GW d'éolien terrestre, tirant parti des conditions exceptionnelles de la péninsule arabique. Air Products a déjà signé un contrat d'achat exclusif de 30 ans pour l'ensemble de la production d'ammoniac, qui sera reconverti en hydrogène dans les ports de Rotterdam et de Hambourg.

Pour le Canada, le démarrage de NEOM Helios constitue un point de référence majeur. Le Québec, qui mise sur sa filière hydrogène vert grâce à l'hydroélectricité d'Hydro-Québec, observe attentivement les coûts de production saoudiens. Le projet TES H2 à Shawinigan, soutenu par un investissement de 4 G$ CA, vise une production de 70 000 tonnes annuelles d'hydrogène vert d'ici 2028, alors que la Société des établissements de plein air du Québec et Énergir collaborent sur des corridors de mobilité lourde alimentés à l'hydrogène.

L'Alberta n'est pas en reste. Air Products elle-même construit à Edmonton un complexe d'hydrogène bleu de 1,6 G$ CA combinant reformage du méthane et captage du carbone, dont la mise en service est prévue pour la fin de 2026. Suncor, en partenariat avec ATCO, étudie un projet d'hydrogène bleu de 2,1 G$ CA à Fort Saskatchewan. Cenovus a annoncé un partenariat avec Mitsui pour exporter 100 000 tonnes annuelles d'ammoniac bleu vers le Japon à compter de 2027.

Le coût de revient de l'hydrogène vert saoudien est estimé entre 1,80 et 2,30 $ US le kilogramme, contre 4,50 à 5,80 $ US le kilogramme pour les projets nord-américains actuels. Cet écart, lié à l'intensité solaire exceptionnelle et aux faibles coûts de main-d'œuvre, complique la donne pour les producteurs québécois et albertains, malgré les crédits d'impôt fédéraux de la Loi sur la réduction de l'inflation canadienne (REGI) qui peuvent atteindre 40 % des coûts admissibles.

L'Union européenne, par l'entremise de son Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, accorde toutefois une prime d'environ 0,55 € le kilogramme pour l'hydrogène produit à partir de sources renouvelables certifiées. Cette prime pourrait redonner une compétitivité aux exportations canadiennes vers Hambourg et Marseille, à condition que les certifications soient mutuellement reconnues. Le ministre de l'Énergie du Québec, Pierre Fitzgibbon, a confirmé que des négociations bilatérales avec Bruxelles sont en cours pour aligner les standards de traçabilité du carbone.

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