NEOM : le méga-projet d'hydrogène vert saoudien entre en phase de production commerciale

Le projet NEOM Green Hydrogen Company débute ses livraisons commerciales avec une capacité de 600 tonnes par jour, marquant un tournant pour le marché mondial des molécules décarbonées.

Annoncé en grande pompe à Tabuk, le démarrage commercial du complexe NEOM Green Hydrogen Company constitue un événement majeur pour la filière hydrogène décarboné. Le site, situé dans la province saoudienne de Tabuk, atteint sa capacité nominale de 600 tonnes d'hydrogène vert par jour, soit l'équivalent de 1,2 million de tonnes d'ammoniac vert par an destinées à l'exportation. L'investissement total s'élève à 8,4 milliards de dollars, réparti entre ACWA Power, Air Products et la société saoudienne NEOM.

Le projet repose sur 4 gigawatts de capacité éolienne et solaire dédiée, alimentant des électrolyseurs alcalins fournis par thyssenkrupp Nucera. La totalité de la production sera transportée sous forme d'ammoniac vert via le port de Duba, racheté par Air Products dans le cadre d'un accord d'enlèvement de 30 ans. Les premiers méthaniers chimiques sont attendus à Rotterdam, Anvers et Hambourg dès le second semestre, avec un prix livré estimé entre 5,80 et 6,40 euros par kilogramme d'hydrogène équivalent.

Pour la France, ce démarrage commercial intervient à un moment charnière. La stratégie nationale hydrogène, dotée d'une enveloppe révisée à 9 milliards d'euros jusqu'en 2030, vise une capacité installée de 6,5 gigawatts d'électrolyse domestique. Le projet de hydrogen valley à Fos-sur-Mer, porté par un consortium incluant Air Liquide, TotalEnergies et Engie, prévoit 600 mégawatts d'électrolyseurs alimentés en partie par le réseau électrique d'EDF, fortement décarboné grâce au mix nucléaire représentant 65 % de la production hexagonale.

TotalEnergies, qui s'est engagée à produire 500 000 tonnes d'hydrogène vert par an d'ici 2030 pour ses propres raffineries européennes, suit attentivement le projet saoudien. Le groupe a signé en marge du sommet Choose France une lettre d'intention avec NEOM Green Hydrogen Company portant sur l'achat potentiel de 200 000 tonnes d'ammoniac vert par an pour ses sites de Gonfreville et d'Anvers. Ces volumes serviraient à décarboner les unités d'hydrocraquage et de désulfuration, gourmandes en hydrogène gris aujourd'hui produit à partir de gaz naturel.

Le débat reste vif sur la compétitivité. À 6 euros le kilogramme livré port européen, l'hydrogène vert saoudien reste deux à trois fois plus cher que l'hydrogène gris produit localement. La Commission européenne s'appuie sur la Banque européenne de l'hydrogène, dotée de 3 milliards d'euros pour les enchères 2026, afin de combler ce différentiel. EDF, via sa filiale Hynamics, plaide pour la reconnaissance de l'hydrogène bas-carbone produit à partir de l'électricité nucléaire, un combat juridique encore en cours auprès de Bruxelles.

L'enjeu industriel est également européen. Le démarrage de NEOM intervient alors que plusieurs projets équivalents accusent du retard, notamment HyDeal Ambition dans le sud de la France et Hyport à Dunkerque. Les annonces saoudiennes confirment néanmoins que le marché mondial de l'hydrogène décarboné dépassera les 38 millions de tonnes en 2030, selon les projections de l'Agence internationale de l'énergie publiées le mois dernier à Paris.

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