Bassin Permien : productivité record du schiste américain malgré la chute du nombre de forages actifs
Le bassin Permien franchit la barre des 6,8 millions de barils par jour grâce à des gains d'efficacité spectaculaires, alors même que le comptage Baker Hughes recule de 18 % sur un an.
Le paradoxe du schiste américain s'amplifie au Texas et au Nouveau-Mexique. Selon le dernier Drilling Productivity Report de l'Energy Information Administration (EIA), la production du bassin Permien atteint désormais 6,82 millions de barils par jour, un record historique. Cette performance intervient alors que le décompte hebdomadaire de Baker Hughes recense seulement 287 appareils de forage actifs, soit 18 % de moins qu'il y a un an.
L'explication tient à des gains de productivité considérables. La production moyenne par nouveau puits atteint 1 380 barils par jour au démarrage, contre 1 050 barils il y a trois ans. Les opérateurs majeurs comme ExxonMobil, désormais propriétaire de Pioneer Natural Resources après son acquisition à 64,5 milliards de dollars, déploient des forages latéraux dépassant 4 500 mètres et des techniques de fracturation simultanée sur plusieurs puits voisins, baptisées « simul-frac ».
Pour TotalEnergies, qui dispose d'une participation indirecte via ses partenariats commerciaux et son trading houstonien, ces évolutions modifient la donne mondiale. Le groupe français anticipe une production américaine totale à 13,8 millions de barils par jour fin 2026, contre 13,2 millions actuellement. Cette abondance pèse sur la stratégie de l'OPEP+ et conforte le rôle des États-Unis comme premier exportateur mondial d'hydrocarbures liquides.
Les conséquences se font sentir jusqu'aux raffineries européennes. Les flux de brut léger WTI Midland vers les ports normands et bretons ont progressé de 22 % sur un an, selon les données du port du Havre. Le site de TotalEnergies à Gonfreville-l'Orcher, le plus grand de France avec une capacité de 247 000 barils par jour, traite désormais près de 35 % de bruts nord-américains, contre 18 % avant 2022. Cette diversification réduit l'exposition aux bruts russes désormais sanctionnés.
Côté logistique, les goulets d'étranglement se déplacent. Les capacités d'évacuation par oléoducs vers Corpus Christi et Houston atteignent 7,3 millions de barils par jour, mais les terminaux d'exportation saturent. Enterprise Products Partners et Energy Transfer ont annoncé conjointement un projet d'expansion à 3,2 milliards de dollars pour porter la capacité d'export à 8,1 millions de barils par jour d'ici fin 2027. La cotation du brut Midland sur le marché ICE a gagné en liquidité, devenant une référence intégrée au panier du Brent dated depuis 2023.
Reste la question environnementale. Les émissions de méthane du bassin Permien font l'objet d'une surveillance accrue, notamment via le satellite MethaneSAT lancé par l'Environmental Defense Fund. L'Union européenne, dans le cadre du règlement méthane adopté en 2024, exigera dès 2027 des certifications d'intensité carbone pour les importations de gaz et de pétrole. TotalEnergies a annoncé un programme de 100 millions d'euros pour aider ses fournisseurs américains à respecter ces nouvelles normes, sous peine de voir certains barils refusés à l'importation par les acheteurs européens.