Les tensions en mer Rouge gonflent de 60 % les coûts de fret pétrolier et redirigent les flux mondiaux
Les attaques en mer Rouge font grimper de 60 % les frets pétroliers, redessinant les flux mondiaux et favorisant les exportations canadiennes via TMX.
Les tensions persistantes en mer Rouge, alimentées par les attaques répétées des Houthis du Yémen contre les navires marchands, ont fait grimper les coûts de fret des pétroliers de 60 % en moyenne sur les douze derniers mois selon les données de Clarksons Research. Le coût d'affrètement d'un Very Large Crude Carrier (VLCC) pour la route du Moyen-Orient vers l'Europe est passé de 38 000 à 61 000 $ US par jour, alors que les navires de produits pétroliers de classe LR2 voient leurs taux journaliers grimper de 24 000 à 39 500 $ US.
Près de 71 % du trafic pétrolier qui transite normalement par le canal de Suez emprunte désormais la route du cap de Bonne-Espérance, ajoutant entre 12 et 16 jours de navigation. Cette réorientation immobilise davantage de tonnage et réduit l'offre mondiale de capacité de transport, amplifiant la pression haussière sur les taux.
Pour le Canada, ces perturbations renforcent la valeur stratégique du pipeline Trans Mountain élargi (TMX). Les exportations canadiennes vers l'Asie via Vancouver ont atteint 480 000 b/j en mars, comparativement à 105 000 b/j avant la mise en service du pipeline. Des raffineries chinoises comme Sinopec et Rongsheng Petrochemical ont signé des contrats spot pour du brut Cold Lake et Access Western Blend, des bruts albertains lourds qui correspondent bien à leur configuration de raffinage.
Suncor Énergie tire profit de cette nouvelle dynamique, ayant signé en avril un contrat-cadre annuel de 95 000 b/j avec PetroChina, à des prix indexés sur l'ICE Brent moins un escompte de 4,80 $ US le baril. Cenovus, pour sa part, exporte maintenant environ 60 000 b/j vers les raffineries de la côte ouest américaine, profitant de la concurrence accrue entre acheteurs californiens et asiatiques.
Les raffineries québécoises subissent un effet contrasté. La raffinerie Jean-Gaulin de Valero à Lévis et celle de Suncor à Montréal-Est s'approvisionnent partiellement en brut nord-africain et en provenance du Moyen-Orient via le pipeline Saint-Laurent et le port de Lévis. Les coûts logistiques accrus ont fait grimper le coût d'approvisionnement de 1,80 $ CA le baril en moyenne, un coût partiellement répercuté à la pompe. La Régie de l'énergie du Québec rapporte un écart moyen pompe-rampe à Montréal de 14,5 cents le litre, comparativement à 11,2 cents l'année précédente.
L'Office national de la sécurité maritime canadienne a augmenté ses contrôles sur les pétroliers transitant par les ports de Saint John, Lévis et Vancouver, en lien avec les sanctions internationales. Le ministre des Transports, Pablo Rodriguez, a indiqué que le Canada participe activement à l'opération multinationale Aspides de l'Union européenne dans le golfe d'Aden, avec une contribution de 78 M$ CA pour la période 2025-2027. La Banque Scotia estime que si les tensions persistent au-delà de 2026, l'avantage compétitif du brut canadien acheminé par TMX pourrait s'élever à 3,20 $ US le baril en moyenne sur le marché asiatique.